2 400 €, hors électroménager. C’est le devis de remise en état d’un T3 de Rémire-Montjoly dont le dernier locataire est parti en juin 2025 et dont la porte est restée fermée depuis l’état des lieux. En mars 2026, l’agence a prévenu le propriétaire — installé près d’Angers, et qui n’avait pas revu le logement depuis la livraison — qu’elle cessait de le faire visiter : odeur dès l’entrée, moisissure au bas des cloisons de la salle d’eau, porte de chambre qui frotte contre son huisserie. Rien d’extrême, aucune fuite, aucun sinistre. Sous climat équatorial, ce déroulé est ordinaire, et il se chiffre poste par poste.
Les fourchettes, tout de suite
Sur les logements que nous reprenons après une fermeture prolongée en Guyane, la remise en état de ce qui se dégrade presque à coup sûr — traitement fongicide, joints, peintures des pièces humides, remise en service des réseaux — va de 1 250 à 2 950 € pour un T2 ou un T3, et le plus souvent de 2 000 à 4 500 € quand deux postes occasionnels s’y ajoutent. Sur les mêmes douze mois, une veille préventive coûte 980 à 1 690 €. Ces fourchettes sont les nôtres, tirées de nos devis : aucune statistique publique ne mesure ce coût.
C’est le pendant chiffré de ce que devient un appartement laissé vide six mois en Guyane, et la suite du guide du propriétaire en fin de défiscalisation outre-mer.

Ce que l’air guyanais fait à un logement fermé
Le chiffre qui compte, c’est l’écart avec les seuils sanitaires
Les normales Météo-France 1991-2020 donnent, à la station de Cayenne-Matoury, 3 488 mm de pluie par an et 220 jours avec au moins un millimètre, pour 26,9 °C de moyenne annuelle. Le mois de mai pèse 600 mm à lui seul.
L’humidité relative n’est pas publiée par Météo-France en Guyane. La seule formulation institutionnelle vient d’une synthèse climatologique du portail public Guyane SIG : sur la zone côtière, les valeurs « dépassent 80 % toute l’année et sont proches de 90 % durant la saison des pluies ». L’Anses, elle, retient qu’un taux d’humidité relative « serait acceptable entre 40 à 60 % ». Un logement fermé sur la côte guyanaise ne s’écarte pas ponctuellement de cette plage : il vit au-dessus en permanence.
Le mécanisme est décrit ailleurs ; ici, on le chiffre
Air qui cesse d’être renouvelé, gardes d’eau qui s’évaporent, bois qui rejoint son humidité d’équilibre : l’enchaînement est détaillé mois par mois dans ce que devient un appartement laissé vide six mois en Guyane. Retenez seulement qu’ici, l’air extérieur ne sèche pas le logement : il l’alimente.
Aucune étude ne mesure la vitesse de cette dégradation ici, et nous n’en inventerons pas. Ce que nous constatons : la saison compte plus que la durée. Un appartement refermé en septembre passe l’hivernage sans dommage visible ; c’est le mois de mai suivant qui laisse les traces.
Moisissure en logement vacant tropical : ce qui arrive presque toujours
Toujours aux mêmes endroits, jamais au milieu du mur
L’Anses décrit les signes recherchés dans un bâtiment : « la peinture boursouflée, des taches suspectes au plafond ou sur le bas des murs, une odeur d’humidité ou de moisi ».
Sur les logements fermés que nous rouvrons, la répartition est constante. Rien au milieu des cloisons ; tout dans les trente premiers centimètres au-dessus du sol, derrière le lave-linge, dans le placard sous l’évier, sur les joints de douche. Les endroits où l’air ne circule pas.
Le poste le plus mal anticipé est le textile : l’odeur s’installe dans les matelas, les rideaux et le linge, et un lavage ne l’enlève pas. C’est le premier signal que perçoit un visiteur, et le point de départ de la décote que subit un appartement fermé au moment de l’offre.
Les siphons, et l’odeur que le ménage ne règle pas
Le règlement sanitaire départemental type impose une garde d’eau permanente sur les évacuations, et un appareil inutilisé finit par la perdre : le mécanisme et sa base réglementaire sont exposés dans l’article cité plus haut. Ce qui nous occupe ici, c’est la facture qui en découle.
Un siphon vide met le séjour en communication directe avec la colonne d’évacuation de la copropriété, chaude toute l’année. L’odeur qui remonte ne part pas au nettoyage — c’est le poste sur lequel les propriétaires paient le plus de ménages inutiles — et elle disparaît dès que la garde d’eau est reconstituée. Quatre minutes par passage : le geste le moins cher de toute cette liste, et celui qu’on oublie parce qu’aucun devis ne le porte.
Ce qui arrive parfois, ce qui reste rare
Empiler les catastrophes serait malhonnête : ce qui suit arrive, mais pas à chaque dossier.
Parfois : menuiseries, climatiseurs, électroménager
Le bois est hygroscopique. Selon la fiche technique de l’ATIBT, son taux d’humidité de stabilisation est défini par la température et l’humidité relative de l’air, et en dessous du point de saturation des fibres « les variations d’humidité s’accompagnent de variations de dimensions ». C’est la définition technique du gonflement, dont l’ampleur ne se chiffre pas. Concrètement : portes qui frottent, tiroirs bloqués, ferrures désalignées.
Sur ce poste, le délai pèse autant que le prix. Un bloc-porte ou un ouvrant qui n’est pas en stock à Cayenne arrive par bateau : entre la commande et la pose, nous comptons plusieurs semaines, pendant lesquelles le logement n’est pas montrable. En métropole, le même remplacement se traite en quelques jours.
Les climatiseurs splits laissés à l’arrêt gardent un échangeur humide et renvoient l’odeur accumulée au redémarrage. Nettoyer la batterie coûte moins cher que remplacer, à condition d’intervenir avant que le bac de condensats ne soit colonisé. Même chose pour le filtre du lave-linge.
Rare : ce qui fait basculer la facture
Les vraies mauvaises surprises restent minoritaires : un flexible ou un joint de chasse qui lâche et coule des semaines, un sol qui se décolle sur une pièce entière, une colonisation par des insectes ou des rongeurs, un vol. Sur la ligne désinsectisation, nous rencontrons ici plus de colonies de fourmis dans les gaines et les plinthes que de cafards isolés.
Sur le vol, l’administration cite parmi les exclusions courantes le vol commis après une période d’inoccupation prolongée du logement, « clause dite d’inhabitation, par exemple au-delà de 90 jours consécutifs ». Le code des assurances impose par ailleurs, dans sa rédaction en vigueur en août 2026, de déclarer sous quinze jours toute circonstance aggravant le risque, sous peine de réduction proportionnelle de l’indemnité. Voyez l’assurance habitation face à la vacance prolongée.
Le coût de la remise en état, poste par poste
Ce tableau ne vient d’aucune base publique, mais des devis que nous faisons établir auprès d’artisans de Cayenne et de Rémire-Montjoly.
| Poste | Ce que nous constatons | Fourchette de devis |
|---|---|---|
| Nettoyage approfondi et traitement fongicide | presque toujours | 350 à 700 € |
| Joints silicone de la salle d’eau et de la cuisine | presque toujours | 150 à 350 € |
| Peintures : bas de cloisons, plafonds des pièces humides | presque toujours | 600 à 1 500 € |
| Remise en service des réseaux : compteurs, purge, chauffe-eau | presque toujours | 150 à 400 € |
| Désinsectisation ou dératisation ponctuelle | souvent | 200 à 450 € |
| Textiles : matelas, oreillers, rideaux, linge de maison | parfois | 400 à 1 200 € |
| Électroménager : batterie de climatiseur, froid, lave-linge | parfois | 500 à 1 800 € |
| Menuiseries bois : réajustement, rabotage, ferrures | parfois | 250 à 900 € |
| Remplacement d’une menuiserie ou d’un bloc-porte | rare | 800 à 2 500 € |
| Revêtement de sol décollé, cloison à ouvrir | rare | 900 à 3 000 € |
Hypothèses. Devis guyanais 2024-2026, appartement de 40 à 70 m² en copropriété dans l’agglomération de Cayenne, refermé depuis six à quinze mois, main-d’œuvre et fournitures comprises. Les quatre premières lignes se cumulent : socle de 1 250 à 2 950 €. Les suivantes ne se cumulent pas entre elles, et additionner la colonne n’aurait aucun sens. Quand deux d’entre elles s’ajoutent au socle, le tableau autorise tout total de 1 700 à 5 950 € ; sur nos dossiers, la note tourne le plus souvent entre 2 000 et 4 500 €.
Ce que le tableau ne chiffre pas
Trois coûts, souvent les plus lourds, n’y figurent pas : le loyer non perçu, les charges et la taxe foncière qui courent sur un bien improductif, et l’écart entre le prix attendu et l’offre d’un acheteur qui vient de sentir l’odeur.
