À moins d’une heure de Cayenne, la route de l’Est bascule dans un autre monde. Passé le pont de la Comté, la forêt se referme sur la rivière et la pirogue devient le seul moyen de progresser. C’est l’une des sorties les plus complètes que l’on puisse faire en Guyane sans partir plusieurs jours : une journée qui combine navigation en forêt galerie, baignade en crique, rencontre avec une communauté amérindienne et cascades. Voici à quoi elle ressemble vraiment, quand la faire, et ce qu’il faut emporter.
Ce qu’est la Comté, et pourquoi on y va en pirogue
La Comté est une rivière de l’est guyanais, qui rejoint l’Oyack puis le Mahury avant l’océan. Sur la commune de Roura, elle serpente sous une forêt galerie dense : les arbres se rejoignent au-dessus de l’eau, la lumière filtre, et la rivière devient un tunnel végétal.
C’est un décor que la route ne donne pas. Depuis un véhicule, on voit la forêt de l’extérieur. Depuis une pirogue, on est dedans : le moteur se coupe régulièrement, et on entend les singes hurleurs, les aras qui traversent, les martins-pêcheurs. Les meilleures observations se font tôt le matin, quand la forêt s’éveille — d’où des départs souvent calés entre 7h et 8h.
L’accès se fait généralement depuis Roura ou les abords du pont de la Comté, à environ 45 minutes à 1 heure de route de Cayenne par la RN2 puis la route de l’Est. Comptez une voiture : il n’y a pas de transport en commun praticable pour ce type de sortie. C’est la même route de l’Est qui mène plus loin à la montagne de Kaw et à son sentier des cascades, si vous voulez enchaîner sur une deuxième journée nature.

Le déroulé d’une journée type
Les formules varient selon les prestataires, mais l’ossature est la même.
La navigation et la crique Gabrielle
Le départ se fait en pirogue à moteur, encadrée par un piroguier qui connaît le niveau d’eau et les bancs de sable — deux paramètres qui changent tout selon la saison. La crique Gabrielle, affluent classique du secteur, offre une eau douce et fraîche, des berges ombragées et des bassins peu profonds par endroits. C’est le point baignade de la journée, et il est particulièrement adapté aux familles.
Un mot sur la baignade en crique : l’eau est souvent sombre, teintée par les tanins de la végétation, ce qui est normal et sans danger. Suivez toujours les indications du guide sur les zones autorisées et les courants. Notre guide baignade en crique en Guyane détaille les règles de sécurité.
Le village amérindien de Favard
Sur les rives de la Comté, la pirogue fait escale au village de Favard, une communauté amérindienne installée dans le secteur de Roura. La visite se fait toujours accompagnée et à l’invitation du village : c’est un lieu de vie, pas un site touristique. On y découvre l’organisation du village, l’artisanat, les usages des plantes et les techniques de pêche et de culture.
Quelques règles élémentaires, qui valent partout en Guyane :
- Demandez systématiquement l’autorisation avant de photographier une personne ou une habitation.
- Restez avec votre guide et n’entrez pas dans les zones d’habitation sans y être invité.
- Achetez l’artisanat sur place plutôt que dans une boutique en ville : c’est le moyen le plus direct de soutenir la communauté.
- Évitez les cadeaux distribués aux enfants, une pratique bien intentionnée mais problématique.
Les cascades Fourgassié
Retour vers Roura pour les cascades Fourgassié, également appelées saut Fourgassié : une succession de dalles rocheuses et de bassins où l’eau glisse plus qu’elle ne tombe. C’est un des lieux de baignade les plus fréquentés de la région de Cayenne, très apprécié des familles guyanaises le week-end. Les roches sont glissantes : chaussures d’eau ou sandales fermées à semelle crantée sont un vrai plus. Notre article dédié aux cascades Fourgassié donne l’accès détaillé et les conseils sur place.
Le repas
La plupart des formules « journée Comté » incluent le repas, servi sous carbet ou en bord de rivière : cuisine créole guyanaise, souvent poisson ou volaille, riz, légumes pays. Vérifiez ce point à la réservation, car c’est le principal écart entre les offres — et pensez à signaler à l’avance toute allergie ou régime particulier, l’improvisation étant difficile en forêt.
La variante Cacao en pirogue
Beaucoup de prestataires proposent une seconde formule, sur la même journée ou en alternative : la remontée vers Cacao, village hmong installé sur les hauteurs à environ 75 km de Cayenne.
La différence est nette :
- La visite du village est libre, non guidée.
- Le repas n’est généralement pas inclus : on mange sur place, et c’est justement l’intérêt. Cacao est réputé pour sa soupe et sa cuisine hmong.
- Le dimanche matin est le moment fort : c’est le jour du marché, avec fruits et légumes, artisanat et gastronomie. Les autres jours, le village est beaucoup plus calme.
C’est une sortie plus culturelle et gastronomique que naturaliste. Nos guides le village de Cacao et le circuit gourmand Roura-Cacao détaillent cette option.
Quand y aller : la saison change tout
Le niveau de la rivière conditionne la navigation, l’accès aux criques et la force des cascades. C’est le paramètre à intégrer avant de réserver.
La grande saison sèche, de juillet à fin novembre
C’est la période la plus confortable : pistes praticables, ciel dégagé la plupart du temps, baignades agréables. En revanche, en fin de saison sèche, le niveau d’eau baisse et certaines criques deviennent moins navigables ou moins profondes. Les cascades sont alors plus douces qu’impressionnantes.
La saison des pluies, de décembre à juillet
La rivière est haute, la végétation explosive, les cascades spectaculaires. Mais les averses sont fréquentes, les berges boueuses, et certaines sorties peuvent être annulées si le niveau devient trop élevé ou le courant trop fort. La petite accalmie de mars est une fenêtre intéressante.
Dans tous les cas, appelez le prestataire la veille : c’est lui qui sait si le niveau permet la sortie. Pour caler l’ensemble de votre séjour, voir quand partir en Guyane.
