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Défiscalisation

Passer de la location nue au meublé après un Pinel : les conséquences fiscales à anticiper

Publié le 21 août 2026 · par Ismael Samuel

Passer de la location nue au meublé après un Pinel : les conséquences fiscales à anticiper

Votre engagement de neuf ans est arrivé à son terme au printemps 2026. Le locataire a donné congé fin juin. L’agence propose de relouer nu autour de 760 € charges comprises, soit ce que la carte des loyers de l’ANIL prédit pour un deux-pièces de 37 m² à Rémire-Montjoly. On vous a dit qu’en meublant vous feriez mieux. Avant de commander un canapé, ouvrez votre dernier avis d’imposition : vous ne changez pas de locataire, vous changez de catégorie de revenus. La bascule est une opération fiscale, et elle ajoute des lignes que peu de propriétaires anticipent.

Ce que meubler change à votre imposition

Meubler fait sortir vos loyers des revenus fonciers pour les faire entrer dans les bénéfices industriels et commerciaux. Concrètement : abattement micro-BIC de 30 % jusqu’à 15 000 € de recettes sans classement, 50 % avec, un SIRET sous quinze jours, une CFE un an plus tard, et, au réel, des amortissements retirés du prix d’acquisition à la revente. Ne basculez qu’à deux conditions : engagement arrivé à son terme, aucun déficit foncier récent imputé sur votre revenu global.

Vue aérienne verticale de la route de Montjoly, à Rémire-Montjoly : quatre petits immeubles d'habitation alignés avec leurs rangées de stationnement, entre un centre commercial et un tissu de villas
Orthophotographie de la route de Montjoly, à Rémire-Montjoly, à hauteur du n° 2171 : quatre petits immeubles d'habitation et leurs rangées de stationnement, entre un centre commercial et les villas du quartier. C'est le type de copropriété où se trouvent les deux-pièces dont parle l'article ; vue du secteur, aucun bâtiment n'y est désigné et l'article ne cite aucune résidence. — © IGN — Licence Ouverte / Etalab 2.0

Ce qui change quand vos loyers passent du foncier aux BIC

Un loyer nu est un revenu foncier ; un loyer meublé, un bénéfice industriel et commercial. Autres seuils, autres abattements, autres impôts locaux, et même d’autres cases : 5NG / 5OG pour un meublé classé au micro-BIC, 5NH / 5OH pour un non classé, liasse 2031 au réel. Le statut est détaillé dans notre article sur la fiscalité du LMNP en location meublée outre-mer.

Vous quittez aussi un plafond. Pour un bail conclu en 2026, le plafond Pinel outre-mer est de 12,21 € le m² hors charges, corrigé par le coefficient 0,7 + 19/S : au maximum 542 € par mois pour 37 m² de surface utile. L’ANIL relève des loyers d’annonce autour de 763 € à Rémire-Montjoly et 694 € à Kourou, mais charges comprises : l’écart réel est plus faible qu’il n’y paraît.

Le classement est devenu le paramètre décisif

Depuis les revenus perçus à compter du 1er janvier 2025, en application de la loi du 19 novembre 2024, un meublé de tourisme non classé relève du micro-BIC jusqu’à 15 000 € de recettes avec un abattement de 30 %, contre 77 700 € et 50 % pour un classé, au titre des revenus 2025. Pour 2026, service-public.gouv.fr annonce 83 600 € pour les classés ; nous n’avons pas pu recouper cette valeur sur le BOFiP.

Le classement n’est jamais automatique : il résulte d’une décision de l’organisme qui effectue la visite. Les étapes figurent dans notre article sur le classement en étoiles à Cayenne et Kourou.

Le même niveau de recettes selon les trois régimes

Recettes brutes annuellesNu, micro-foncierMeublé non classé, micro-BICMeublé classé, micro-BIC
9 000 €6 300 €6 300 €4 500 €
12 000 €8 400 €8 400 €6 000 €
15 000 €10 500 €10 500 €7 500 €
20 000 €régime réel foncierréel BIC après deux ans10 000 €
30 000 €régime réel foncierréel BIC15 000 €

Hypothèses : abattements des revenus 2025, soit 30 % au micro-foncier jusqu’à 15 000 € de revenu brut (service-public.gouv.fr, fiche « revenus locatifs — location non meublée », vérifiée le 15 avril 2026), 30 % au micro-BIC jusqu’à 15 000 € sans classement, 50 % jusqu’à 77 700 € avec. Les seuils s’apprécient sur toutes les recettes meublées du foyer, et le réel ne devient obligatoire qu’après deux dépassements consécutifs. Bases imposables, pas impôts ; CFE, prélèvements sociaux et charges réelles non figurés.

À recettes égales et sans classement, la bascule n’apporte aucun gain d’abattement et ajoute la CFE. Ce qui compte, c’est le niveau de recettes atteignable, comme le montre notre comparatif sur un T2 de Rémire-Montjoly.

Le déficit foncier : meubler vaut rupture de la location

La règle des trois ans

La fraction du déficit foncier imputable sur le revenu global est plafonnée à 10 700 € par an. En contrepartie, l’immeuble doit rester loué jusqu’au 31 décembre de la troisième année qui suit l’imputation. Le BOFiP est explicite : « L’affectation à la location meublée est assimilée à une rupture de la location. » Si la condition n’est pas tenue, le revenu global et les revenus fonciers des trois années précédant la cessation sont reconstitués. Le texte figure dans la doctrine sur l’imputation des déficits fonciers.

Le même texte règle une question souvent posée : les déficits repris ne s’imputent plus que sur des revenus fonciers, pendant dix ans. Sans autre bien loué nu, ils sont perdus.

Ce que ça coûte si vous meublez trop tôt

Le cas est fréquent sur notre parc, parce que les travaux qui produisent un déficit ici ne sont pas ceux de la métropole : étanchéité de toiture-terrasse reprise après une saison des pluies difficile, menuiseries gonflées, joints attaqués par l’hygrométrie. Une seule année de ce type sature les 10 700 €. Imputez-les au titre des revenus 2024, meublez à l’automne 2026, et vous rompez une obligation qui courait jusqu’au 31 décembre 2027. Mieux vaut décaler de quinze mois.

CFE et taxe de séjour : les lignes qui arrivent ensuite

Pourquoi vous y êtes assujetti alors que d’autres ne le sont pas

L’administration l’écrit sans détour : « La location de locaux meublés constitue par nature une activité commerciale professionnelle. Elle est donc soumise à la CFE. » C’est sur sa page consacrée à la CFE en location meublée, qui liste aussi les exonérations.

Toutes visent l’habitation personnelle du loueur : location ou sous-location d’une partie de votre logement, meublé de tourisme sur votre résidence principale ou secondaire. Un appartement acquis en défiscalisation, que vous n’avez parfois jamais occupé, n’entre dans aucun de ces cas. L’exonération ne vous est en principe pas ouverte, point à faire confirmer par votre conseil. Deux atténuations subsistent : l’exonération des recettes inférieures à 5 000 € (article 1647 D du code général des impôts) et celle de l’année de création, la base étant réduite de moitié l’année suivante — d’où une ligne qui n’arrive qu’un an après.

Ce que vous déposez, et ce que vous collectez

La déclaration initiale se fait sur l’imprimé 1447-C-SD. La base minimum dépend d’un barème voté localement : nous n’avons pas pu vérifier ceux des communes guyanaises, demandez-les à votre service des impôts des entreprises.

S’ajoute la taxe de séjour, que vous ne payez pas mais que vous collectez. Sur la Communauté d’agglomération du Centre Littoral — Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Macouria — elle est perçue au réel depuis le 1er janvier 2018 : pour un hébergement sans classement, 5 % du coût hors taxes de la nuitée par personne, plafonné à 1,50 €. Sur la Communauté de communes des Savanes, dont relève Kourou, ce taux est de 3 %. La CACL impose d’afficher les tarifs, de les porter sur la facture et de déclarer trimestriellement en ligne.

Vue aérienne verticale du quartier Goupi à Kourou : un ensemble de logements collectifs à toitures rouges avec ses parkings, en bordure d'un lac, face à un lotissement de villas
Orthophotographie du quartier Goupi, à Kourou, le long de l'avenue du Lac : un ensemble de logements collectifs et ses parkings, en face d'un lotissement de villas, au bord du lac. Vue du secteur — Kourou relève de la Communauté de communes des Savanes, où la taxe de séjour est de 3 % ; aucune résidence n'est identifiée sur l'image. — © IGN — Licence Ouverte / Etalab 2.0

Micro-BIC ou régime réel : l’amortissement et son prix à la revente

Ce que le réel permet, et sa limite

Le réel est obligatoire au-delà des plafonds du micro-BIC, et ouvert sur option en deçà. Son intérêt tient à l’amortissement du bien et des meubles. Mais chez une personne physique, l’amortissement n’est déductible, au titre d’un exercice, que dans la limite du loyer acquis diminué des autres charges : il ne peut pas créer de déficit, et la fraction non déduite est reportable.

La réintégration des amortissements depuis le 15 février 2025

L’article 84 de la loi du 14 février 2025 a complété l’article 150 VB du code général des impôts : pour les cessions réalisées à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits au réel sont retirés du prix d’acquisition retenu pour la plus-value, qui augmente donc mécaniquement. Les résidences gérées pour étudiants, seniors et personnes handicapées sont exclues.

Le point pèse si vous visez une vente à dix-huit ou trente-six mois. Beaucoup de propriétaires de cette génération ne seront pourtant pas en plus-value. La moins-value moyenne d’une revente défisc en Guyane n’est publiée nulle part ; l’écart entre deux marchés, lui, se mesure. Sur les ventes de 2023 à 2025, un appartement revendu dans l’ancien à Rémire-Montjoly s’échange autour de 3 030 € le m², quand le neuf vendu en état futur d’achèvement s’y est négocié autour de 4 500 à 4 600 € le m². Or une moins-value n’ouvre aucun droit : ni imputable, ni reportable. Vendre à perte ne produit aucune économie d’impôt, point développé dans le guide du propriétaire en fin de défiscalisation outre-mer.

Une inconnue demeure : aucune source officielle consultée au 21 août 2026 ne règle la valeur d’inscription du bien à l’actif, donc la base amortissable. Faites établir une note écrite par un fiscaliste avant d’opter.

Ce qui précède décrit un régime, pas votre imposition : les seuils, les abattements et les dates valent au 21 août 2026, mais le résultat dépend de votre foyer, de votre acte et de vos déclarations passées. Cette bascule se chiffre avec un comptable avant d’être décidée, pas après.

La chronologie, et les cas où nous vous dirons de rester en nu

Six étapes, dans cet ordre

  1. Vérifier la date de terme : l’engagement court à compter de la prise d’effet du bail initial, pas de la livraison ni de l’acte. Méthode dans notre article sur la date exacte de fin d’engagement Pinel.
  2. Relire les trois derniers avis d’imposition, à la recherche d’un déficit foncier imputé sur le revenu global.
  3. Lire le règlement de copropriété et les derniers procès-verbaux d’assemblée générale.
  4. Après le départ du locataire, obtenir le numéro de déclaration : depuis le 20 mai 2026, il s’obtient sur un téléservice national, un numéro par local.
  5. Informer le syndic de ce numéro : obligation depuis la loi du 19 novembre 2024.
  6. Immatriculer l’activité à l’INPI sous quinze jours, arbitrer micro-BIC ou réel, déposer le 1447-C-SD, organiser la taxe de séjour.

Quand le meublé de tourisme n’est pas la bonne réponse

Nous le disons aux propriétaires qui nous appellent, et cela nous coûte des dossiers.

Déficit foncier imputé sur le revenu global il y a moins de trois ans : relouez nu, terminez la période, basculez ensuite. Règlement de copropriété qui interdit le meublé de tourisme : le débat fiscal est sans objet. Sur le vote d’interdiction ouvert par la loi du 19 novembre 2024, une nuance est souvent mal rapportée : la majorité des deux tiers n’est utilisable que dans les copropriétés dont le règlement interdit déjà toute activité commerciale. Le Conseil constitutionnel l’a confirmé le 19 mars 2026.

Vente visée sous soixante jours : le coût d’entrée, ameublement, déclaration, immatriculation, CFE l’année suivante, ne sera pas amorti. Lot en résidence de services avec bail commercial en cours : vous n’avez pas la main sur l’usage.

Reste un cas de marché, le plus fréquent. Notre modèle repose sur une clientèle professionnelle en mission : spatial à Kourou, remplacements médicaux, gendarmerie mobile, chantiers. Un logement éloigné de ces flux, sans stationnement, dans un secteur où nous n’avons pas d’équipe de rotation, se remplira mal ; un bail classique bien tenu vaut mieux. Enfin, un même client ne peut pas totaliser plus de quatre-vingt-dix jours consécutifs dans le même meublé sur une année civile : sur les missions longues, cela oriente vers le bail mobilité.

À sortir pour votre comptable

  • Sur votre acte et votre premier bail : la date de prise d’effet du bail initial, qui fixe le terme. Elle reste une estimation tant qu’elle n’est pas recoupée avec votre engagement initial.
  • Sur vos avis 2023 à 2025 : un déficit foncier imputé sur le revenu global, et l’année d’imputation la plus récente.
  • Sur le règlement de copropriété et les trois derniers procès-verbaux : une clause d’habitation bourgeoise exclusive, ou une résolution visant le meublé de tourisme.
  • Sur le zonage : Cayenne, Matoury et Rémire-Montjoly sont en zone tendue, Macouria et Kourou ne le sont pas. Nous n’avons trouvé, au 21 août 2026, aucune délibération y instaurant l’autorisation de changement d’usage.
  • Avec votre conseil : micro-BIC ou réel, et la TVA — en principe exonérée, mais due à 10 % dès que trois services parmi petit-déjeuner, nettoyage, linge et réception sont proposés.

En résumé

  • Sans classement, l’abattement micro-BIC est de 30 % jusqu’à 15 000 €, soit le taux du micro-foncier, avec la CFE en plus.
  • Un déficit foncier imputé sur le revenu global impose de rester en nu jusqu’au 31 décembre de la troisième année suivante.
  • Au réel, les amortissements déduits sont retirés du prix d’acquisition pour le calcul de la plus-value, depuis le 15 février 2025.

Si vous voulez que nous regardions votre cas — date de terme, calendrier de bascule, production attendue sur douze mois — écrivez-nous. Nous vous dirons aussi, le cas échéant, qu’il vaut mieux attendre.

FAQ

Peut-on passer d’une location nue à une location meublée après la fin d’un Pinel ?

Pendant l’engagement, oui, et lourdement : meubler revient à rompre l’obligation de louer nu. Après le terme, les trois événements déclencheurs — rupture, cession, démembrement — n’ont plus d’objet, et nous n’avons trouvé au 21 août 2026 aucun texte qui prolonge la reprise au-delà. Reste à être certain de la date du terme : c’est le seul point à faire trancher par votre conseil.

Que devient un déficit foncier si je passe en location meublée ?

Le logement doit rester loué jusqu’au 31 décembre de la troisième année suivant l’imputation. Le BOFiP assimile l’affectation à la location meublée à une rupture de la location : le revenu global et les revenus fonciers des trois années précédentes sont reconstitués, et les déficits repris ne s’imputent plus que sur des revenus fonciers.

Faut-il payer la CFE quand on loue un appartement en meublé de tourisme ?

L’administration y voit une activité commerciale professionnelle par nature, donc soumise à la CFE. Les exonérations visent l’habitation personnelle du loueur, ce que n’est pas un appartement détenu pour la location. Une exonération générale joue sous 5 000 € de recettes.

Les amortissements en LMNP sont-ils repris au moment de la vente ?

Pour les cessions réalisées à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits au régime réel sont retirés du prix d’acquisition retenu pour la plus-value, ce qui l’augmente mécaniquement. Les résidences gérées pour étudiants, seniors et personnes handicapées sont exclues.

Quel abattement micro-BIC pour un meublé de tourisme non classé en Guyane ?

Trente pour cent jusqu’à 15 000 € de recettes, comme partout en France : aucune source officielle consultée le 21 août 2026 ne prévoit de seuil ni d’abattement majoré outre-mer. Un meublé classé relève de 50 %, jusqu’à 77 700 € pour 2025.

Combien coûte la taxe de séjour pour un meublé non classé à Cayenne ou à Kourou ?

Sur la Communauté d’agglomération du Centre Littoral, 5 % du coût hors taxes de la nuitée par personne, plafonné à 1,50 €. Sur la Communauté de communes des Savanes, dont relève Kourou, 3 %.

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