Une tranchée avenue du Général de Gaulle, à Cayenne, ne peut pas couper l’eau de votre logement. Une tranchée sur la RD24, à Rémire-Montjoly, oui. La première ouvre un réseau de collecte des eaux usées, la seconde un réseau d’adduction d’eau potable : même engin, même gêne dans la rue, conséquence opposée au robinet. Les huit opérations d’eau et d’assainissement en cours dans l’agglomération se répartissent entre ces deux familles, et la liste officielle ne le dit pas dans ces termes. Cet article est à jour au 22 août 2026, date à laquelle les sources citées ont été consultées.
La réponse courte. Huit opérations sont en cours à Cayenne (Montabo, avenue du Général de Gaulle et rue Justin Catayée, secteur de la source de Baduel), à Rémire-Montjoly (Pôle Lacroix, RD24, réseaux nord et sud) et à Matoury (Mogès, plus un programme de réhabilitation d’assainissement non collectif). Maître d’ouvrage : la Communauté d’agglomération du Centre Littoral (CACL). Montant publié : plus de 20 M€. Cinq de ces huit opérations ne peuvent pas affecter la distribution d’eau potable. Et le point le plus gênant pour qui organise un séjour : aucun calendrier par opération n’est publié, l’avancement au 22 août 2026 n’est pas établi, et aucune source consultée ne publie de calendrier consolidé des coupures.
Les huit opérations, commune par commune
La CACL exerce la compétence eau potable et assainissement sur six communes : Cayenne, Macouria, Matoury, Montsinéry-Tonnégrande, Rémire-Montjoly et Roura. La liste ci-dessous est celle qu’elle publie, sur une page dont la dernière modification remonte au 29 juillet 2025. Statut de l’ensemble : en cours.
Cayenne : trois opérations en zone urbaine dense
À Montabo, une extension du réseau de collecte des eaux usées. Chantier d’assainissement : il ouvre la chaussée, il ne touche pas la distribution. Même quartier, sujet différent : c’est aussi sur la plage de Montabo qu’a été tiré à terre en juin 2026 le câble sous-marin décrit dans ce qui change pour la latence internet à Cayenne, avec un retour annoncé fin août ou début septembre 2026 pour l’enfouir. Deux chantiers sans rapport dans le même périmètre.
Avenue du Général de Gaulle et rue Justin Catayée, la CACL emploie ses propres mots : « renforcement d’urgence » du réseau de collecte des eaux usées. C’est l’artère centrale de Cayenne et la rue qui la prolonge. L’impact sur la circulation y est mécaniquement le plus fort de tout le programme, sans qu’aucun plan de circulation ait été publié.
Secteur de la source de Baduel : déploiement de bornes-fontaines. À l’échelle de la CACL, le parc en comptait 33, pour 50 424 abonnés en 2024 et six usines de production, selon la page « Produire et distribuer une eau potable de qualité » mise à jour le 12 août 2025. Une borne-fontaine est un point d’eau public : l’opération ajoute des points de distribution, elle ne touche pas l’alimentation des logements raccordés.
Rémire-Montjoly : trois opérations, dont la seule sur le réseau potable de la commune
Pôle Lacroix : étanchéification des bassins. Le Pôle Lacroix est un pôle épuratoire, c’est-à-dire un site de traitement des eaux usées — ni un pôle commercial, ni une zone d’activités. C’est le contresens de nommage le plus fréquent sur ce sujet.
RD24 : extension et renforcement du réseau d’eau potable. C’est la seule opération de la commune qui porte sur l’adduction.
Réseaux nord et sud : extension du réseau de collecte des eaux usées, sur les deux moitiés du territoire communal.
Matoury : un réseau potable et un programme sur les installations privées
À Mogès, extension du réseau d’adduction et de distribution d’eau potable. S’y ajoute un chantier de réhabilitation des ouvrages d’assainissement non collectif, assorti d’aides : il porte sur des installations individuelles, sur parcelle privée, et non sur le réseau public. Un propriétaire est concerné, un occupant de passage ne l’est pas.
Le tableau de lecture
| Secteur | Commune | Nature de l’opération | Réseau concerné | Peut-elle couper l’eau ? |
|---|---|---|---|---|
| Montabo | Cayenne | Extension du réseau de collecte | Eaux usées | Non |
| Avenue du Général de Gaulle et rue Justin Catayée | Cayenne | « Renforcement d’urgence » du réseau de collecte | Eaux usées | Non |
| Source de Baduel | Cayenne | Déploiement de bornes-fontaines | Eau potable, points publics | Non |
| Pôle Lacroix | Rémire-Montjoly | Étanchéification des bassins | Assainissement, site de traitement | Non |
| RD24 | Rémire-Montjoly | Extension et renforcement du réseau | Eau potable | Oui, possible |
| Réseaux nord et sud | Rémire-Montjoly | Extension du réseau de collecte | Eaux usées | Non |
| Mogès | Matoury | Extension de l’adduction et de la distribution | Eau potable | Oui, possible |
| Ouvrages individuels | Matoury | Réhabilitation de l’assainissement non collectif | Hors réseau public | Non |
Les trois premières colonnes reprennent la liste publiée par la CACL. La dernière n’est pas une donnée publiée : c’est une lecture de la nature des ouvrages, et elle dit « possible », jamais « prévue ».

Eau potable ou eaux usées : la distinction qui décide de tout
C’est la seule grille utile, et elle est absente de presque toutes les recherches.
Cinq opérations sur huit ne peuvent pas toucher votre robinet
Quatre portent sur la collecte ou le traitement des eaux usées — Montabo, l’avenue du Général de Gaulle, les réseaux nord et sud de Rémire-Montjoly, les bassins du Pôle Lacroix — et une sur l’assainissement individuel. Un chantier d’eaux usées ouvre la chaussée et fait du bruit ; l’eau continue de couler. Chercher « coupure d’eau Montabo » quand la tranchée devant l’immeuble est une extension de collecte, c’est chercher au mauvais endroit.
Trois opérations relèvent de l’eau potable, mais deux seulement portent sur le réseau : la RD24 et Mogès. Ce sont celles qui justifient de surveiller les avis de l’exploitant.
Deux interlocuteurs, et ce n’est pas la mairie
Sur l’eau potable, la CACL a un délégataire : la Société Guyanaise des Eaux (SGDE). C’est l’exploitant, donc l’émetteur des avis d’interruption de service. Sur l’assainissement, la CACL exerce la compétence depuis 2002 et porte elle-même le parc : treize sites d’épuration, dont neuf lagunes à microphytes naturelles, deux lagunes aérées et deux stations à boues activées, selon sa page « Assainir nos eaux usées » mise à jour le 1er juillet 2026. La plus grosse capacité du territoire est la station d’épuration Leblond, à Cayenne, 60 000 équivalents-habitants, qui traite les eaux usées de Cayenne et du nord de Matoury.
Ce « Leblond » est le même que celui du giratoire Leblond, origine des points repères de la RN1 comme de la RN2 : une recherche sur ce nom mélange une station d’épuration et un carrefour majeur. La méthode pour trier est dans comment savoir avant de prendre la route.
Ce qui n’est pas publié, et qu’il ne faut pas déduire
Aucun document public consulté ne donne de plan de circulation, de date de fermeture de voie ni de durée par opération. Autant le dire franchement.
Ni calendrier, ni effectifs
- Aucun calendrier par opération. Ni date de démarrage, ni date de fin, ni jalons intermédiaires.
- L’avancement au 22 août 2026 n’est pas établi. La page de suivi date du 29 juillet 2025 : treize mois séparent cette photographie de la lecture que vous en faites.
- Les effectifs ne sont pas publiés. Aucune source consultée n’en donne. Ce sont des chantiers de réseaux — tranchées, canalisations, génie civil léger — portés par des entreprises de travaux publics, et rien ne permet d’affirmer qu’ils mobilisent des équipes venues de l’extérieur du territoire.
- Un plan pluriannuel d’investissement plus large, tous acteurs confondus, est parfois cité dans le cadre du contrat de convergence et de transformation. Son montant n’a pas été retrouvé sur un document primaire : il n’est pas repris ici, et ne doit pas être additionné aux 20 M€ de la CACL, dont le périmètre est autre.
Circulation : deux maîtres d’ouvrage sur une même emprise
La RD24 est une route départementale, gérée en Guyane par la Collectivité territoriale de Guyane, tandis que le réseau d’eau enterré sous la chaussée relève de la CACL. Deux maîtres d’ouvrage, une seule emprise : un avis de travaux d’eau et un arrêté de circulation ne sortent ni du même service, ni forcément le même jour. Le même mécanisme joue avenue du Général de Gaulle, voirie communale. Et ce qui restreint juridiquement la circulation reste l’arrêté, pas l’avis de travaux.
Le projet suivant est annoncé, pas engagé
Une opération est identifiée pour la suite : l’interconnexion entre le bourg de Roura et l’usine de La Comté, présentée comme nécessaire face à l’urbanisation de la commune. Statut : annoncé. Pas de calendrier, pas de montant publié, pas de démarrage. Ce n’est pas un chantier, et Roura est à 28,5 km de Cayenne, une trentaine de minutes de route.
