Quand on débarque à l’aéroport Félix-Éboué de Matoury, on pense souvent fusée Ariane, fleuve Maroni ou tortues luth. On oublie qu’avant tout, la Guyane est une forêt : 96 % du territoire est recouvert d’Amazonie. Et cette forêt se mange, ou plutôt se boit. Le wassaï en Guyane n’est pas un mot exotique de plus : c’est une institution, un jus violet épais qu’on retrouve sur les marchés, dans les snacks de quartier et dans la moindre fête de village. Voici notre tour d’horizon, vécu de l’intérieur, des superfruits amazoniens guyanais et des bonnes adresses pour les goûter en jus, en glace ou en sorbet.
Le wassaï, roi des superfruits guyanais
Le wassaï est la version guyanaise de l’açaï brésilien : c’est le fruit du palmier-pinot (Euterpe oleracea), une petite baie violet-noir qui pousse en grappes sur des palmiers élancés des zones humides. Sa pulpe, fine, recouvre un gros noyau. Pour la récupérer, il faut faire tremper les baies dans l’eau tiède puis les malaxer : on obtient une pâte épaisse, presque chocolatée à l’œil, au goût boisé et très peu sucré.
Contrairement aux bowls d’açaï sucrés des cafés branchés de métropole, le vrai wassaï guyanais se boit nature, à peine sucré, parfois salé. Les anciens le consomment avec du couac (semoule de manioc grillée) ou du poisson boucané. C’est un aliment du quotidien autant qu’une douceur.
Pourquoi on parle de superfruit
Le wassaï est riche en anthocyanes (ces pigments antioxydants qui lui donnent sa couleur), en fibres et en bons lipides. Localement, on lui prête des vertus tonifiantes, et les sportifs guyanais ne jurent que par lui après l’effort. Côté budget, comptez environ 3 à 5 € le verre de jus frais sur un marché, et 4 à 6 € la glace ou le sorbet artisanal.
Où goûter le wassaï
- Le marché de Cayenne (place du Coq, mercredi, vendredi et samedi matin) : plusieurs étals proposent le jus frais préparé devant vous.
- Les snacks créoles de Rémire-Montjoly et Matoury en proposent souvent en jus glacé.
- Les fêtes communales (Roura, Cacao, Macouria) où le wassaï coule à flots, surtout en saison.

Le comou, le cousin onctueux
Moins connu hors de Guyane, le comou (fruit du palmier Oenocarpus bacaba) est le grand frère plus doux du wassaï. Sa pulpe donne un jus plus crémeux, plus gras, d’une couleur brun-violet, avec des notes qui rappellent la noisette et le chocolat. Beaucoup de Guyanais le préfèrent au wassaï pour son onctuosité.
Le comou se prépare de la même manière, par trempage et malaxage. On le déguste en jus épais, parfois allongé de lait et sucré façon « milk-shake amazonien ». C’est un incontournable des tables du fleuve, chez les communautés bushinenge du Maroni comme chez les Amérindiens.
Wassaï ou comou : comment choisir
- Wassaï : plus fin, plus boisé, légèrement astringent. Idéal nature.
- Comou : plus rond, plus gras, plus « gourmand ». Parfait pour les débutants.
Notre conseil : goûtez les deux côte à côte sur un même marché, vous sentirez immédiatement la différence.
Le parepou, le fruit qui se mange salé
Voici la grande surprise pour les visiteurs : le parepou (ou parépou, fruit du palmier-pêche Bactris gasipaes) ne se boit pas, il se mange cuit et salé. Ces petits fruits orange vif, vendus en grappes, se font bouillir dans de l’eau salée pendant 30 à 45 minutes. On les épluche, on retire le noyau, et on déguste une chair ferme, farineuse, au goût entre la châtaigne et la patate douce.
Sur les marchés, vous verrez des montagnes de parepou autour de 2 à 4 € le sachet en saison (souvent de février à avril, puis en fin d’année). C’est l’en-cas guyanais par excellence, qu’on grignote sur un banc de la place des Palmistes à Cayenne, à l’ombre des grands palmiers royaux qui donnent son nom à la place.

Awara, maripa et les autres trésors de la forêt
La palette amazonienne ne s’arrête pas là. Quelques fruits-phares à connaître :
- L’awara : fruit orange du palmier Astrocaryum, base du célèbre bouillon d’awara, plat emblématique de Pâques en Guyane qui mijote parfois 24 à 48 heures. La légende dit que qui goûte le bouillon d’awara revient toujours en Guyane.
- Le maripa : grosse drupe au goût de noix de coco et d’abricot, qu’on suce comme une friandise.
- La cupuaçu et le cacao de Guyane : cultivés notamment du côté de Cacao, le village hmong au sud de Roura, où le marché du dimanche matin regorge de jus de fruits exotiques.
- Le maracudja (fruit de la passion) et la prune de Cythère : omniprésents en jus frais et en sorbets.
Glaces et sorbets : la version gourmande
La Guyane a une vraie culture du sorbet artisanal. Plusieurs glaciers et snacks de Cayenne, Rémire-Montjoly et Kourou déclinent ces fruits en parfums introuvables ailleurs : sorbet wassaï, glace comou, sorbet maracudja, prune de Cythère. Comptez 2,50 à 4 € la boule. C’est, à notre avis, la manière la plus simple et la plus rafraîchissante de faire le tour des saveurs amazoniennes quand il fait 32 °C à l’ombre.
Notre itinéraire dégustation sur un week-end
Pour les voyageurs qui veulent tout goûter sans courir, voici un mini-circuit testé et approuvé. La voiture est indispensable en Guyane : les distances entre communes se parcourent peu en transports.
- Samedi matin – Marché de Cayenne : jus de wassaï et de comou frais, achat de parepou. Petit-déjeuner sur la place des Palmistes (15 min de marche).
- Samedi après-midi – Rémire-Montjoly : pause sorbet artisanal après la plage de Montjoly (environ 15 min de Cayenne).
- Dimanche matin – Cacao : marché hmong, jus exotiques, beignets et fruits rares (compter 1 h de route depuis Cayenne via Roura).
Le tout pour un budget dégustation très raisonnable, autour de 20 à 30 € par personne sur le week-end.
Quand venir pour en profiter
Chaque fruit a sa saison, mais la saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre, reste la meilleure période pour voyager en Guyane : routes praticables, marchés animés, et l’occasion de combiner dégustations et incontournables comme le Centre Spatial Guyanais (visite gratuite à Kourou), les Îles du Salut ou les marais de Kaw. Pensez au vaccin contre la fièvre jaune, obligatoire pour entrer sur le territoire.
Conseils pratiques de locaux
- Goûtez nature d’abord. Le wassaï authentique est peu sucré : laissez-vous surprendre avant d’en demander une version sucrée.
- Demandez la fraîcheur du jour. Le wassaï et le comou frais ne se conservent que 24 à 48 h au frais ; sur un marché, achetez et consommez vite.
- Le parepou se cuit toujours. Ne croquez jamais un parepou cru, il est immangeable avant cuisson.
- Hydratez-vous. Ces fruits sont riches : parfaits après une rando à la réserve des Nouragues ou une pirogue sur le Maroni.
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La Guyane se découvre autant avec les papilles qu’avec les yeux. Entre un verre de wassaï violet, une glace au comou et une poignée de parepou tiède, vous tenez déjà un morceau d’Amazonie. Bon voyage, et bonne dégustation.
FAQ
Quelle est la différence entre le wassaï guyanais et l’açaï brésilien ?
Le wassaï et l’açaï proviennent du même type de palmier (genre Euterpe). La différence est surtout culturelle : en Guyane, le wassaï se boit nature ou peu sucré, souvent salé et accompagné de poisson ou de couac, alors que l’açaï brésilien est généralement servi très sucré en bowl glacé. Le goût du wassaï est plus boisé et moins transformé.
Le wassaï se mange-t-il ou se boit-il ?
Le wassaï se consomme essentiellement en jus épais, presque crémeux, obtenu en malaxant la pulpe des baies. On peut aussi le retrouver en glace ou en sorbet artisanal. Il se boit nature, légèrement sucré ou salé selon les habitudes locales.
Où goûter le wassaï et le comou à Cayenne ?
Le marché de Cayenne (place du Coq, les mercredi, vendredi et samedi matin) est l’endroit le plus sûr pour trouver du jus de wassaï et de comou frais, préparé devant vous. Les snacks créoles de Cayenne, Rémire-Montjoly et Matoury en proposent aussi en version glacée, ainsi que les fêtes communales en saison.
Quelle est la meilleure saison pour découvrir les fruits amazoniens en Guyane ?
La saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre, est la période idéale pour voyager en Guyane : les routes sont praticables et les marchés animés. Certains fruits comme le parepou ont leur propre saison (souvent février-avril et fin d’année), mais le wassaï et le comou se trouvent une grande partie de l’année.